"Muse, changeons de style et quittons la satire:
C'est un méchant métier que celui de médire;
A l'auteur qui l'embrasse il est toujours fatal:
Le mal qu'on dit d'autrui ne produit que du mal...
et tel mot, pour avoir réjoui le lecteur,
A coùté bien souvent des larmes à l'auteur...
Un discours trop sincère aisément nous outrage:
chacun dans ce miroir pense voir son visage:
Et tel, en vous lisant, admire chaque trait,
Qui dans le fond de l'âme et vous craint et vous hait.
Muse, c'est donc en vain que la main vous démange;
S'il faut rimer ici, rimons quelque louange...
En vain, je veux au moins faire grâce à quelqu'un:
Ma plume aurait regret d'en épargner aucun:
Et sitôt qu'une fois la verve me domine,
Tout ce qui s'offre à moi passe par l'étamine...."Nicolas Boileau