le Blog d'Odette TRUPIN
les dangers du e- learning
Face à l’émergence d’un marché mondial de l’éducation, évalué par
l’UNESCO pour l année 2000 à 2000 milliards de dollars et dont les dépenses
globales sont en hausse de l’ordre de 10% par an, l’enseignement français
est confronté à des problématiques nouvelles encore très peu connues du grand
public et dont l’issue reste pour le moment difficile à anticiper mais qui, dans des
délais rapprochés, joueront un rôle puissant d accélérateur ou de frein par rapport
au bouleversement considérable que l ' on peut entrevoir sur l’évolution des
contenus et des pratiques des prestataires de formation .
formation ouverte et à distance, autoformation, individualisation, e-learning
e-formation, formation numérique, cyberformation…sont autant de concepts utilisés
par les uns et par les autres, parfois les uns pour les autres, sans garantie aucune
que chacun mette le même sens derrière les mots…
la notion de "marché de la formation" en France :
Les frontières du « marché » de la formation sont encore floues en France, si on
considère que le marché est l’ espace où se rencontrent offre et demande . Selon les
cas, s’y trouvent associés ou distingués des espaces différents comprenant des
acteurs s’inscrivant dans des logiques économiques différentes, celui de
l ‘ éducation et celui de la formation notamment, voire au-delà, celui de la culture et
du loisir . C’est ainsi que certains parlent d’un grand marché du savoir et de la
connaissance.
Les dépenses d’éducation et de formation représentent en France environ 9% du
PIB. Cela représente un volume d’activités très important. Comme le secteur de la santé, la
formation concerne une multiplicité d’acteurs très différents.
la Formation ouverte et à distance ou le e-learning :
Depuis l 'année 2000, une nouvelle dimension du marché de la formation est
apparue par une communication et un marketing très offensif des producteurs
prestataires de « solutions » , dominés par les offres des entreprises américaines .
Des chiffres spectaculaires sont avancés et en très forte croissance annuelle.
Aujourd’hui, la concurrence, apparaît mondiale. C'est bien là que
réside un certain danger pour les systèmes traditionnels d’enseignement, véhicules
comme en France, d’une culture humaniste où la présence de l’enseignant est
capitale . Certes, l’ offre relevant du e-learning reste encore
modeste y compris aux USA . Mais il ne faudrait pas sous estimer la nouvelle
dimension du champ de la formation le plus souvent appuyé sur l’ Internet, dominé
par les offres des entreprises américaines, et des conséquences imprévisibles qui
peuvent en découler .
En France, des produits évolutifs concernant les savoirs académiques sont réalisés
par les grandes écoles, les universités, le CNED ( Centre National d’Enseignement
à Distance), le CNAM ( Conservatoire National des Arts et Métiers ) et les écoles de
commerce. Mais l’ université française reste majoritairement concentrée sur l’ offre
de formation initiale .
Marché en émergence, encore loin de la maturité mais très pratique, en
évolution rapide, et très séduisant intellectuellement, et surtout financièrement, la FOAD (ou le e – learning), demeure confrontée à des enjeux dont
l’issue reste pour le moment difficile à anticiper, mais qui risque, à terme, de
bouleverser l’échelle du développement des secteurs de la formation et de
l’ éducation .
Il semblerait urgent d’engager une observation approfondie sur ce domaine, que les enseignants, nombreux encore en France, connaissent mal car la maîtrise de l’informatique, si elle gagne du terrain, n’est pas suffisamment répandue à l’école.
Les dangers d’un enseignement entièrement virtuel sont nombreux. Non seulement il favoriserait la « marchandisation » de ce secteur ,mais il remettrait en question l’approche pédagogique traditionnelle de la transmission des savoirs.
Il convient de réagir vite, en s’adaptant, certes, mais aussi en protégeant l’écrit, véhicule de la pensée passée, l’enseignement présentiel et la relation privilégiée et irremplaçable maître-élève. Il faut prendre cette réalité en compte pour ne pas laisser le champ libre aux initiatives, déjà nombreuses, lancées à l’étranger.
Le Président d’Edufrance, estimait en 2001 que la France doit être présente sur ce créneau pour y développer sa spécificité éducative en proposant notamment des services pédagogiques d’accompagnement, (tutorat..) ce qui permettrait de remettre l’enseignant au cœur du système et non pas le marché comme c’est le cas dans les offres anglo-saxonnes d’enseignement à distance.
Au-delà des acteurs institutionnels, nationaux et internationaux qui contribuentlargement au rayonnement de la culture et de la langue françaises, il convient donc d’améliorer l’offre éducative de la France et de prendre sa place dans les nouvelles régulations des rapports internationaux pour répondre au formidable défi mondial de l’éducation
Odette Trupin (ancienne députée) 05/05/2004
(auteur du rapport n°3204 : onzième législature Assemblée
Nationale)